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L’être humain a la faculté d’inventer des jeux débiles. Elle fait partie de sa nature profonde depuis qu’il s’est mis à
réfléchir. En premier lieu, il a créé le feu après avoir eu un moment de clarté. L’instant d’après, il a conçu la guerre. Enfin, il a amusé la galerie en développant le travail à la chaîne.
L’homme espère se simplifier la vie. Il finit par se la compliquer. Pour le travail à la chaine, il s’en est pris aux machines qu’il a imaginées de plus en plus performantes, voire
complexes nécessitant au passage de nombreuses années d’études pour en comprendre chacun des rouages. Après les machines, l’homme a attaqué la résistance de ses travailleurs. Le résultat
final a conduit à la crise du pétrole dans les années 70.
**** n’a pas connu cette période.
Ses parents, oui.
****, né dans la décennie qui a suivi a vécu d’autres phénomènes : la course à la rentabilité. Pas celle menée par les cadres supérieurs des entreprises et qui tentent de mettre celles-ci devant
les autres. Non. **** vit la lutte implacable entre les collègues. Les salariés se battent entre eux au nom de l’esprit d’entreprise. Chacun veut être meilleur, de peur de perdre sa place. Le but
final est, qu’en vérité, la société soit portée par les gens d’en-bas et qu’elle soit attirée de façon continuelle vers le profit. A défaut, la faute de cet échec leur sera imputée
directement.
**** est le produit involontaire de la crise du pétrole dans les années 70.
L’entreprise pour laquelle il travaille depuis quatre ans a vu le jour en 1958. Spécialisée dans la fabrication de téléphones, elle a fini par se tourner vers les nouvelles technologies de la
communication et vers la mobilophonie et ce, dès l’apparition du portable.
Les vestiges de la première ère sont inscrites dans le patrimoine immobilier : les briques rouges du bâtiment initial cohabitent – avec ou peu de goûts selon les points de vue – avec les vitres
réfléchissantes de la nouvelle aile, construite à la fin des années 2000.
**** appartient au Service de résiliation des abonnements. Sa vie est pépère. Il n’est pas un gentil, il n’est pas un méchant ; seulement un gars qui comme, l’homme depuis pas mal de millénaires,
se complique la vie.
Après l’obtention de son diplôme en technique de qualification, il a postulé chez Telefoon en Kommen (TEK), comme son père et son grand-père l’ont fait. Avec un sentiment de fierté parce que ses
aînés ont tous fait une longue carrière ; preuve de leurs très bons services dans la société. **** gagne des cacahuètes mais se satisfait de la sécurité d’emploi.
**** est un bon employé. Pas un excellent employé ; sinon il serait accrédité à monter dans les ascenseurs réservés aux salariés qui comptabilisent le nombre le plus faible de résiliation de
contrats. **** n’est pas pour autant un mauvais employé : il n’a jamais fait partie des salariés, susceptibles d’être éjectés du marché du travail.
En fait, la société pour laquelle il travaille a développé une culture d’entreprise particulière. Chaque quinzaine du mois, le Service interne de Surveillance des Salariés, le SISS, établit le
classement des trois pires salariés du mois. Les critères retenus sont : la vie en communauté, l’image et le travail. Le dernier vendredi du mois, les salariés sont invités à sauver par textos
envoyés à un numéro spécial mis à leur disposition deux des trois individus. Les deux premiers regagnent leur poste. Celui qui a comptabilisé le moins d’envois est invité à débarrasser le
plancher. Toujours de son plein grès, sans indemnité pour les membres restants de sa famille. Ce système, qui a vu le jour en Asie, a déjà fait ses preuves.
A ce jour, aucune résistance n’a été constatée : les perdants ont tous exécuté les instructions.
**** a été surpris d’apprendre la pratique lors de la signature de son contrat. Mais comme son père et son grand-père n’avaient jamais eu de problèmes, il était convaincu de n’avoir rien à
craindre. Le système capitaliste avait été poussé à l’extrême ces deux dernières décennies; il reposait sur un principe : menacer de botter les fesses des employés jusqu’au sang et ce, afin de
les contraindre à toujours donner le meilleur d’eux-mêmes en toutes circonstances.
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