Dimanche 12 octobre 2008
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20:00
Cinq semaines que les répétitions de la pièce Certains l’aiment chaud vont bon train. Chaque jour,
une équipe de quarante personnes investit le Syndicat d’Initiatives de J*******, en Islande, pour faire vivre le projet de doux rêveurs. Anonyme s’est glissée dans les coulisses et vous
livre l’envers du décor.
Le Syndicat d’Initiatives de J*******. Ce vieux bâtiment qui a échappé à la démolition à deux reprises - parce que les
membres du Conseil communal ont su graisser les bonnes pattes - devient le centre de toutes les attentions. C’est ici que les rencontres du club " Seniors, bientôt au home " se réunissaient
il y a peu… jusqu’à ce que Christian et Sylvain P. fassent La Une des journaux locaux.
Il est 11h30. Les frères franchissent la porte. Les répétitions ont pris du retard ; Robert H. est énervé.
« Vous étiez où ? » questionne-t-il. Les deux stars ne répondent pas. Christian lève les yeux au ciel, comme par provocation. La veille, l’équipe a travaillé tard sur les décors.
Parce qu’ils se considèrent au-dessus de ça, les humoristes ont refusé de donner un coup de main. L’ambiance est électrique : un des ingénieurs du son confie : « J’ai travaillé
avec Johnny, je n’ai jamais vu deux gars faire tant d’air dans ce métier. »
Plusieurs représentants de centres culturels ont fait le déplacement. L’une des représentantes s’adresse à son
voisin : « Est-ce que ça vaut la peine de dépenser autant de thunes pour ça ? On dirait que les deux P. ne connaissent même pas leurs textes. J’ai peur… » Sept scènes doivent
être répétées aujourd’hui. Sur le plateau, les musiciennes de la scène du train se mettent en place. Michèle M. hurle : « Qui m’a piqué ma clef USB ? ». C’est le
branle-bas de combat. Une des assistantes s’agite : « J’en ai marre de chercher ses affaires… Hier, c’était son gloss qu’on a cherché toute la journée. »
L’équipe est enfin prête pour les répétitions. Entre chaque recommandation de Robert H., les deux frères discutent
ou boivent. Le metteur en scène dit aux comédiens de reprendre la scène et conseille à Sylvain, qui joue Junior, de jeter un regard plus attentif sur Michèle M. La comédienne explique qu’elle ne se sent pas à l’aise avec son partenaire : « Quand il me regarde, on dirait qu’il bave sur une cannette ! »
Une technicienne se marre : Robert H. l’invite à quitter la salle.
Déjà la pause
L’heure du déjeuner est là. Les deux frères s’éloignent à l’extérieur. « On ne peut
pas fumer ici… L’autre jour, mon mégot est tombé à terre et j’ai failli foutre le feu aux câbles. Depuis, je " clope " dehors. » L’équipe et le metteur en scène sont dans la cuisine.
« Pépé (le plus âgé. NDLR) a préparé une ratatouille aux carottes. On est binaises. (contents en patois. NDLR) ».
La pause s’achève. Chacun regagne la scène principale, les frères sont déjà en place.
Michèle M. tarde à venir : elle est partie se changer plus loin et traîne dans les toilettes. Une assistante prévient : « Elle va encore nous trouver un truc à
chercher ! ».
Plusieurs attachées de presse sont là : « Les répétitions avancent bien, nous
sommes dans les temps. » Au même moment, Robert H. lâche : « Grouillez-vous, on n’est pas à l’heure mine de rien! » Les attachées de presse reprennent : « Oui,
c’est-à-dire que nous accusons un léger retard ce jour mais sinon on est toujours dans les temps.» Une assistante passe près d’elles, elle discute avec une autre jeune femme : « Je
doute que tout soit en ordre pour la première… » Les communicantes nuancent : « Ce qu’elle veut dire, c’est que la date de la première a peut-être été fixée dans la
précipitation… »
Les doublures sont là, le souffleur de théâtre a un trou de mémoire, le chef des décors
a perdu ses aiguilles et l’ingénieur du son assure que quelque chose lui a piqué les fesses dans la cuisine. Les répétitions reprennent, le deux frères se montrent professionnels. Robert H. leur
explique qu’ils vont bientôt commencer les répétitions en costumes. Sylvain P. n’est pas d’accord : « J’aime pas me déguiser en femme, suis pas un gay ». Son frère lui explique que
c’est nécessaire : « Les deux personnages principaux se travestissent pour échapper à la mafia… » Sylvain comprend mais demande à ne pas porter des talons hauts. Une des
assistantes note et murmure à Michèle M. : « S’il avait quand même la chance de se casser la gueule avec des petits talons. » Les deux femmes s’esclaffent de
rire.
La cloche de l’école voisine sonne. Il est l’heure. Tout le monde range ses
affaires. Robert H. discute avec la représentante du Bing Bang Bing Band. Une des scènes nécessite de faire appel à des professionnels du jazz. Elle lui donne une liste de
morceaux : « Nous savons tout jouer sauf Stranger in the Night, le morceau file le bourdon au chef d’orchestre. Nous l’avions déjà joué lors d'une fête scolaire et il s’est
jeté du haut de la scène… »
La salle n’est pas vide complètement. Quelques personnes restent sur place pour la préparation des décors. Michèle M. pousse un cri de joie : « Je viens
de trouver un bonzaï ! ». Dehors, les frères regagnent leur voiture. L’autoradio fonctionne à fond, ils écoutent The fallen de Franz
Ferdinand. Un titre prémonitoire…
* Ceci est une fiction.
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